Colin Hunter : l’entrepreneur-crooner

Colin Hunter : l’entrepreneur-crooner
Paxnouvelles.com
 – André Désiront – 8 septembre 2014

Peut-on mélanger le jazz et les affaires ?

Entrepreneur de jour, saltimbanque de nuit… la feuille de route de Colin Hunter, fondateur et chef de la direction du deuxième plus grand voyagiste canadien est particulièrement atypique. Dans la communauté des saltimbanques, il évolue comme chanteur de jazz dans la catégorie des crooners! «Ma première prestation publique comme chanteur, je l’ai donnée à la radio, à l’âge de 13 ans», raconte-t-il. C’était à Bombay, sa ville natale et il avait interprété «Because Of You» de Tony Bennett. Il a continué à se produire dans des stations radiophoniques commerciales et dans des clubs de jazz durant les sept années qui ont suivi. Son répertoire était celui de ses quatre idoles : Tony Bennett, Frank Sinatra, Dean Martin et Nat King Cole.

Parallèlement, il s’adonnait à son autre passion : la boxe. Il a combattu en amateur pendant plusieurs années. «J’ai une fiche de 30 KO à mon actif», affirme-t-il quand on le presse de questions, en détournant habilement la conversation avant qu’on ne lui demande combien il a essuyé défaites.

Colin Hunter, fondateur et chef de la direction de Sunwing
Colin Hunter, fondateur et chef de la direction de Sunwing

Après tout, il se voit d’abord comme un gagnant. Boxeur, il évoluait dans la catégorie des poids légers (140 livres), mais depuis qu’il est devenu entrepreneur, il se produit surtout dans la catégorie poids-lourds. Aujourd’hui, il dirige une entreprise qui emploie plus de 2 000 personnes et réalise un chiffre d’affaires qui frisera bientôt les 2 milliards $. Car entre sa carrière de crooner en Inde et le moment où il a recommencé à chanter du jazz, il y a un long hiatus temporel durant lequel il s’est initié aux métiers du voyage.

À l’âge de 21 ans, il a quitté l’Inde pour l’Angleterre, où il a vécu une dizaine d’années. Il y a travaillé à Londres comme chef barman au Hammersmith Palais, un des temples du jazz, à l’époque, puis au siège-social de British Airways (qui s’appelait encore BOAC), où il était employé comme comptable au département qui s’occupait de gérer les accords et les partages de revenus avec les autres transporteurs. Le soir, il suivait des cours à l’Institut des Transports.

Le Canada? «Un de mes frères avait immigré à Toronto, raconte-t-il. Je suis venu lui rendre visite et, un jour, dans l’ascenseur de son immeuble, j’ai croisé une jeune femme pour qui j’ai eu le coup de foudre. Je me suis dit : je veux l’épouser, même si pour ça, il faut que je vienne m’installer au Canada.»

Elle s’appelait Joan. Il a immigré, il l’a épousée et ils ont eu plusieurs enfants (dont deux travaillent aujourd’hui chez Sunwing).

Mais comme tous les immigrants, il lui a fallu recommencer au bas de l’échelle. «En 1970, j’ai été embauché comme agent de réservations chez Sunflight, le grossiste qui a dominé le marché canadien, pendant les années soixante-dix», dit-il. «Je gagnais 90 $ par semaine et Joan en gagnait 95 $. À deux, ce n’était pas si mal, juste assez pour fonder une famille. Mais après trois semaines, ils se sont aperçus que je m’y connaissais en gestion du transport aérien et ma situation a changé. J’ai été muté à la section des transports où je suis devenu responsable des négociations et des accords avec les fournisseurs aériens, qui étaient alors Nordair, Québecair et Pacific Western Airlines.»

Après la faillite de Suntours, il cofonde Adventure Tours et Fiesta Holidays, qui seront revendus à First Choice, puis il devient un des actionnaires majeurs de Canada 3000. En désaccord avec le conseil d’administration qui voulait transformer cette compagnie «charter» en transporteur régulier, il revend ses actions et prend sa retraite, en 1994.

Incapable de rester inactif, en 1999, il rachète un petit grossiste torontois : Red Seal. En 2002, il s’en sert comme tremplin pour lancer Sunwing. On connaît la suite.

Entretemps, il avait recommencé à chanter. «C’était au Tianguis d’Acapulco, au milieu des années quatre-vingt, se souvient-il. Ma femme, qui voyait bien que je m’ennuyais du jazz m’avait acheté un karaoké. J’avais donc conservé la main… et la voix.»

Mais ce n’est qu’en 2006 que cette passion prend un tour plus sérieux. Sunwing préparait une campagne publicitaire et un ami de Colin Hunter qui connaissait ses talents de crooner lui suggère de faire jouer en ondes la chanson «Come Fly With Me» qu’il interprèterait lui-même. L’idée lui plait. Il l’enregistre avec le Starlight Orchestra, un ensemble de 16 musiciens et, dans la foulée, il profite de l’orchestre et du temps de studio pour enregistrer une dizaine d’autres mélodies. Come Fly With Me sera son premier album. Depuis, il en a enregistré deux autres et il est à préparer un quatrième. Et il enchaîne spectacle sur spectacle, souvent (mais pas toujours) accompagné par son complice, le pianiste Joe Sealy et son band, avec lequel il a enregistré son troisième album : Mostly About You.

Il chantait au Upstairs Jazz Bar de Montréal, les 5 et 6 septembre. Le week-end prochain, il sera au Bar-Jazz de l’hôtel Clarendon, à Québec. Il reviendra donner un spectacle à Montréal – à l’Astral – le 3 octobre et à la fin du même mois, il se produira au Château Frontenac. Le 9 novembre, il donnera un récital au Plaza Ocean View, de Puerto Plata et le 27 du même mois, on pourra l’entendre au Mamita’s Beach Club, à Playa del Carmen.

Cette année, il s’est produit à l’hôtel Chicoutimi, dans le cadre du Festival de jazz de Saguenay, au Upstairs Jazz Bar de Montréal (en avril), au House of Jazz de la même ville (en juin), au Jazz Bistro de Toronto (en juillet), et, en août, au Festi-Jazz de Mont-Tremblant, au bistro Le Sam du Château-Frontenac, et au Festival de Jazz de Lévis.

En avril 2013, lui et son épouse, Joan, ouvraient leur propre boîte de jazz rue Victoria, dans le centre-ville de Toronto : le Jazz Bistro, où se produisent régulièrement des grands noms.

Quand on lui demande si cette activité artistique ne nuit pas à ses performances d’entrepreneur, il répond : «Au contraire, ça me stimule!».

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